les orientations
Le sigle du Centre, depuis plus de trente cinq ans, s’inspire de la Commedia dell’Arte. Pourquoi n’a-t-il pas vieilli ? Sûrement pour deux raisons principales.
La première est que la Renaissance, époque d’effervescence artistique et intellectuelle a incarné des valeurs universelles, qui sont encore reconnues aujourd’hui, bien que les modes semblent provisoirement les faire oublier. La seconde est que, parmi ces valeurs, l’une des principales est l’affirmation du rôle de l’art dans le développement humain, une forme de certitude héritée de l’humanisme grec, qui va déboucher dès l’époque baroque sur l’idéal de l’union des arts. Il en demeurera de beaux restes dans les trois siècles qui suivirent, mais le principe en fut clairement réaffirmé par le mouvement du Bauhaus dans les années 1920.
Aujourd’hui, il n’est presque plus nécessaire de souligner l’importance de l’éducation musicale dans la formation de l’être humain. La musique développe bien sûr l’écoute par le jeu des mélodies, des rythmes et des timbres. Elle stimule aussi le corps, dissociation et synchronisation, comme le montre tous les jours la pratique de la rythmique. Mais le cerveau n’est pas en reste : mémorisation, concentration, analyse : travailler les œuvres des grands compositeurs, c’est approcher la maîtrise de la complexité. Mais davantage encore : sans émotion, pas de musique. La musique suscite l’affect, et rend l’expression du sentiment nécessaire. Enfin, l’intuition, - le monde intérieur, ses caractères et ses atmosphères, le moi caché qui fait l’individualité profonde de chaque interprétation mais aussi de chaque personne - est aussi sollicitée.
Les bienfaits de la musique peuvent tout aussi bien se retrouver dans le théâtre ou dans la danse. Car l’apprentissage du théâtre développe aussi bien l’écoute, sa compréhension de l’intérieur, la découverte et le décryptage des caractères de l’être humain, le jeu du corps comme lieu d’expression des émotions, et tout ce que recèle – et dévoile - la rencontre avec l’autre sur scène : la proximité et la distance, la peur et la ruse, l’attraction et la répulsion, toutes choses à quoi chaque élève apprend à faire écho en fonction de sa personnalité profonde.
Et la danse ? Quel monde complexe ! On voit bien sûr d’abord le travail du corps dans l’espace scénique, avec l’apprentissage de ses codes et de ses règles, mais aussi l’éducation de l’oreille, car qui reste étranger à la musique ne peut danser ! Avec les rythmes et les mélodies, la chorégraphie rend l’émotion perceptible, et l’apprentissage du travail d’ensemble conduit chaque individualité à éduquer son corps au mouvement nécessaire pour suggérer une ambiance, une impression, quelque chose qui n’est pas dit, l’expression d’un message poétique secret transmis au public par la danse qui le rend visible sans l’expliquer. Ecoute, intuition, émotion, maîtrise de la complexité, tout s’y retrouve.

Enfin, me direz-vous, et les arts visuels ? Bien sûr, ils sont intimement liés aux arts du spectacle, et le dessin et la peinture font partie du programme du Centre.
Trop longtemps les artistes se sont vus confinés sans avoir l’occasion de se rencontrer durant leur formation. Il en était de même dans l’éducation artistique des amateurs. Mais depuis quelques décennies, on revient à cette richesse oubliée. Par exemple la comédie musicale réclame aujourd’hui des artistes complets, qui chantent, dansent et jouent la comédie.
C’est pourtant dès les rudiments que les enfants ont à être les témoins et les artisans de ces croisements de disciplines artistiques différentes. Peut-être retrouverons-nous la vitalité artistique de nos ancêtres de la Renaissance. Encore quelques décennies…
Nouche Vuataz
Ce texte est tiré du rapport annuel 2006 du CAL, où il a paru sous le titre « Le mot de la Directrice ».